
La sadique Beauté, cette sauvage, jette ses amants dans les geôles mal éclairées de la solitude et de l’incompréhension. Ses Vestales — car la Beauté est une Déesse —, font sourdre des fontaines fantasmagoriques du sol même des déserts et chantent en l’invoquant : — Ouvre la Vision au plus profond, ô Beauté, là où les images coulent de source et s’enracinent dans la vie et l’embellissent ! — Mais quelle vie, ô Vestales ? Encore faut-il vivre ! Faut-il vivre encore ? Mais jusqu’où, ma Muse, peux-tu me le dire (je tutoie ma Muse, depuis le temps que nous travaillons ensemble dans la fabrique des images et des mots) ? Ah bon, jusqu’à la mort ? Mais… mais… mais… n’est-il pas plus facile de mourir que de souffrir de vivre ? Et qu’as-tu à m’offrir, Muse, qui ne soit pas que fricassées de mots réchauffés ? Mais donne, donne toujours, que je m’extirpe de mon mal, de mes maux, de mes mots mal mélangés et malodorants… (mes mots manquent d’air, toujours confinés dans ma tête, et, les fenêtres fermées, ils finissent par sentir le ranci… car, je l’avoue, mes mots sont gras, ils ne prennent pas assez d’exercice, ce sont des mots paresseux, toujours affalés sur un divan, encore si c’était un divan occidental-oriental (mais n’est pas Goethe qui veut…), à se goinfrer sans cesse de shipces [encore un affreux néologisme à me faire taper sur les doigts…] et de breuvages noirs douteux, trop sucrés et au goût infect… Si vous ne voulez pas collaborer, ô mes mots, je vous quitte, je vous dis adieu, je n’attends même pas votre réponse, tout de suite, comme ça, vivez de votre propre vie, je m’en fous ! Salut et adieu, faites ce que vous voudrez, faites-vous lire ou sinon fermez votre grande gueule à mauvaise haleine et laissez parler les vrais poètes, ceux qui ont vraiment quelque chose à dire, comme la grande, la sublime… non, je regrette, je ne peux pas la nommer… — Et au diable la Déesse, au diable la Beauté ! Suffit ! Désolé, Muse…

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