
Ô Dieux ! Qu’avez-vous fait ? Vos Cieux sont étouffants.
Or, ils ont besoin d’air, vos illustres enfants,
Qui, pour vous honorer, ont franchi tant de lieues,
De l’Olympe azuré aux Enfers des banlieues.
Dégrisés, ces groupies fumeront leur gazon,
Désespérant d’extase et de vaste horizon.
Mais la pénurie tonne avec leur voix qui sonne
Pour goûter le nectar du vieux Zeus en personne. —
C’est un fin connaisseur, car son hasch est très bon ;
Il bourre les houkas sur un lit de charbon
Extrait de Κασσάνδρα par le Géant Eugène,
Assurant la défonce en soulageant la gêne
De ces pauvres camés, souffrant de tout côté
Et toujours harcelés par l’Arès effronté
Quand ce n’est pas l’Éros, l’androgyne impubère. —
Transportés en esprit sous un flou réverbère,
Ils s’attroupent de nuit ou dans l’ombre du soir
Sur l’étrange agora d’un moderne trottoir,
Où s’offrent demi-nues des hétaïres grasses,
Dont jalousent les Dieux les faveurs et les grâces.
Note : Κασσάνδρα (Cassandre), une des trois péninsules de la Chalcidique (en Macédoine), riche en sites métallifères d’où était extrait le charbon. — La fumée des substances s’élève sur l’embrasement d’un berceau de charbon sur lequel ces substances reposent.
Note : Κασσάνδρα (Cassandre), une des trois péninsules de la Chalcidique (en Macédoine), riche en sites métallifères d’où était extrait le charbon. — La fumée des substances s’élève sur l’embrasement d’un berceau de charbon sur lequel ces substances reposent.
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A Paris, en été, les soirs sont étouffants…
A Paris, en été, les soirs sont étouffants.
Et moi, noir promeneur qu’évitent les enfants,
Qui fuis la joie et fais, en flânant, bien des lieues,
Je m’en vais, ces jours-là, vers les tristes banlieues.
Je prends quelque ruelle où pousse le gazon
Et dont un mur tournant est le seul horizon.
Je me plais dans ces lieux déserts où le pied sonne,
Où je suis presque sûr de ne croiser personne.
Au-dessus des enclos les tilleuls sentent bon ;
Et sur le plâtre frais sont écrits au charbon
Les noms entrelacés de Victoire et d’Eugène,
Populaire et naïf monument, que ne gêne
Pas du tout le croquis odieux qu’à côté
A tracé gauchement, d’un fusain effronté,
En passant après eux, la débauche impubère.
Et, quand s’allume au loin le premier réverbère,
Je gagne la grand’rue, où je puis encor voir
Des boutiquiers prenant le frais sur le trottoir,
Tandis que, pour montrer un peu ses formes grasses,
Avec son prétendu leur fille joue aux grâces.
François Coppée, Promenades et Intérieurs

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