
Trop, c’est trop… trop de tout, toujours, partout… (mini-délire)
Tenez, par exemple, ce descriptif rapide aussi est de trop…
Regardez autour de vous. Partout, dans la rue, les magasins, sur Internet, sur Internet surtout, c’est encore plus flagrant, nous sommes noyés dans une mer d’objets innombrables, de gens innombrables, de pensées et de sentiments innombrables et tout ce qui grouille dans la vie « intérieure ». Vous avez remarqué les guillemets qui entourent le mot « intérieure » ? C’est que je me méfie de plus en plus de la soi-disant vie intérieure, du soi-disant monde privé et personnel qui ne nous appartiendrait qu’à soi, comme un trésor sans prix qu’on voudrait à tout prix différent de celui du voisin, et posséder contrairement au voisin, comme si un homme, comme si une femme pouvait différer des autres comme les feuilles des arbres se l’imaginent peut-être aussi dans leur feuillitude, qui nous demeure encore à ce jour si secrète dans son arboricole discrétion. Quelle prétention ! Non, pas de leurre ici, nous ne sommes pas là pour nous conter ou nous faire raconter des histoires. Et pourtant nous voulons y croire, nous voudrions tant que tout cela fût vrai ! Hélas, nous ne sommes pas différents des objets, ni les objets de nous, et ensemble ne sommes que poussière et atomes et vent et volutes de pensée tous semblables et d’originalité nulle. D’autres êtres furent avant nous, d’autres objets, et d’autres demains se payeront des mêmes illusions mondaines, intra- et extramondaines. Aujourd’hui, la méprise est encore plus grande, encore plus grave, puisqu’elle se double d’un masque virtuel, d’un double menteur, celui de la Toile qui nous tient tous tissés serrés comme le monde de chair et d’os qui ne nous lâche jamais non plus d’une semelle. Nous naissons, nous vivons, nous mourons et puis voilà tout. Nous lançons un navigateur, nous vivons des expériences ’straordinaires, n’est-ce pas ? et puis nous allons dormir jusqu’aux prochains tics de la machine qui semblent nous dirent : réveille-toi, fainéant, il y a encore du temps à perdre aujourd’hui ! Mais il ne s’agit que d’un jeu — si du moins il était drôle — où perdants ni gagnants il n’y aurait, mais benêts nous sommes et tout prêts à tout avaler pourvu qu’on nous distraie de l’ordinaire, qu’on nous fasse miroiter mer et monde pour nous « émanciper », ou pour que l’on s’évade et que l’on croie le temps d’un clic de souris que la vie, que l’Univers il est si beau, il est si gentil et si plein de promesses qu’encore un peu nous nous mettrions à croire au Bon Dieu ! Le vrai Bon Dieu, pas celui des autres !
Il y a trop de tout, partout, et ce trop menteur ne pourra jamais nous satisfaire, toujours il nous laissera sur notre faim ; les formes changeront, les couleurs rivaliseront à qui mieux mieux pour nous séduire et nous laisser rêver à un quelconque demain qui chante, avec des flûtes qui d’or, qui d’argent, qui d’humbles matériaux sans valeur, mais tous plus trompeurs que jamais. La vérité ? nous n’en voulons pas de la vérité, nous ne saurions qu’en faire, à moins qu’elle ne se comptabilise, alors là, peut-être…

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