Fulgurances, Délires et Visions

[Le texte/poème ci-dessous présenté n’a de valeur intrinsèque que d’avoir servi dans son brouillon à tester mon esprit sous son plus récent avatar. On peut tout lui reprocher, sauf d’être banalement néoténique, à moins d’avoir une conception bien spéciale de l’avant-garde. L’exercice fut amusant, mais il fallait y mettre un terme avant de ne me prétendre écrivain, voire poète !Et d’en devenir obscur d’hermétisme mallarméen. En fait, j’ai voulu produire « quelque chose » qui s’éloigne du moule consacré pour évaluer les performances de mon cerveau délabré, et voilà ce qui en résulta. Question sous-jacente : ce cerveau fracturé est-il digne d’un statut Sapiens ? Ne vous étonnez pas de ne rien comprendre à ce « quelque chose », c’est normal (je m’y perds aussi…). Dans le cas contraire, vous pourrez toujours éclairer ma lanterne]. — Si mes « folleries » vous indiffèrent, il vous est loisible de sauter directement aux captures infobullées* et aux remarques* qui closent ce texte.

* Non incluses (désolé)


Livré tôt à l’aube glauque, bien que joyeux, rescapé de mes vieilles veilles, l’œil fouillant, piaffant de fendre le Ciel, la lucarne rêvée perça enfin où je dégustai les primeurs idéelles des étals éthérés, fruits tout neufs pour esprits mûrs et sans âge. Au retour, je me cloîtrai dans le silence feutré et tamisé de ma docte étude, lambrissée d’or et d’acajou sans prix ; soudain, même ragaillardi de mon goûter idéal, le temps m’apparut long, morne et sombre dans l’éternel esseulement de mon vieux château chimérique, si désert et si glacial parfois, que pourtant mon âme spectrale habite et hante (habite le jour et hante de nuit), depuis d’innombrables Éons. Je m’entêtais, comme d’autres Voyants jadis, à néantiser les Siècles en ranimant le grand style ancien, adros et magniloquens, à repeindre le tableau pur de l’Absolu, décliné sur tous les tons et retoucher le portrait de l’Univers, affadi. J’étais donc si naïf de si bon matin ?

Je refuse de me laisser piéger, azimuté, en courant sus aux futurs défunts et révolus, car ils le sont déjà, tous, réveillons-nous ! — ô future Vigueur ! Million d’oiseaux d’Or, pâture fanée des antiques Sorts, rêvés d’Opium ! ô Mensonge ! Ô Temps mort ! car, le saviez-vous, le temps tricheur aveugle tout, les têtes patientes et apaisées, ou courroucées et ardentes aux boussoles détraquées ! D’ailleurs, qui n’est pas sage et fou à la fois ? Mais… je garde mes secrets par-devers moi… Je rangeai donc mes philosophes à l’ombre des rayons, pour qu’ils dormissent un peu au lit de l’Histoire, le temps d’un réchauffement de plume, de l’échappée d’un songe… C’est l’histoire ici narrée.

— Un Ange en grâce s’envola léger, et s’en fut se percher, flottant catabatique, au-dessus de mon pupitre poétique, blanche penne ondoyante et chaste ; la chaîne en braise des astres hier encore incandescents se réveilla vive, et la ronde en feu, réjouie, l’encercla sans plus de cérémonie. Sitôt envoûté, la voix de l’Ailé fracassa les airs lumineux :

— Qu’un œuf Univers éclate et roule maboul dans l’intemporel Infini ! Créé, au nom de Dieu, je te baptiserai Aleph…

Arrêt sur image…

Ah, dur début, dur réveil que ce jour ! songea le sage, je savais pourtant le manège fallacieux, dès avant la nuit consommée ! Las… non ! Tant mieux !! Les Cieux crevés croulèrent sous mes yeux… et l’abysse aux longues dents d’eau, noire ou bleue, acérées telle une lame liquide au fil affiné, les coula dans son gouffre éternel pour un temps et scella sur eux ses mâchoires à double tour. — Puis vint le baptême sacral aux fonts baptismaux de l’abîme bouillonnant, où le cristal au laser d’un dieu inconnu, fantasmé de peu, ablua de l’Empyrée englouti les glyphes aux contours crasses et estompés, que nous blanchirons de tous leurs sens captieux, dès que lus. Car une autre certitude poindra demain qu’il faudra abolir à son tour, perfide un jour autant, insidieuse itération des vérités trempées de ruse et sanglantes parfois, ab aeterno. Ainsi va l’Infini.

Alors je rêvai d’une voix caverneuse (était-ce celle de Poséidon ?), tonitruante et portée par l’Ekhô des ondes.

— Ô orgueilleux Zeus, que la geôle pontique t’enferme enfin, supplicié sois-tu au palais marin, que l’ivresse de l’Homme soit vengée, que l’Olympe aux raisons surannées brouille et noircit dans ses rêves. Que ce Fils du Ciel soit libre enfin de ses délires et maître éclairé de ses folies.

Restait à naître, libéré, le jour de l’Homme, enchaîné à son Fatum. Le pont-levis se rouvrit sur ce passant éphémère ; le chemin de ronde augurait déjà des songes flâneurs du Voyageur absous des Eaux, et sembla l’inviter de là-haut, afin qu’il vît du vieux donjon, dans la nuit claire, de son malheur encore le Ciel ; celui qu’il se donne à lui-même et pour lui-même, seul présent libre et non souillé, seule et unique félicité. La vesprée pourtant venue, triste encore, il entonna sa triste plainte, avant d’enfoncer de loin à loin son regard aux confins des astres sus :

Pourquoi tant de merveilles dans l’Univers,
quand tous mes jours en nuits sombrent ?
Pourquoi autant de soleils dans l’Univers,
si mon âme en brûle d’ombre ?

[…]

Mais que veux-je, mon âme, et que puis-je, à la fin ?! Chevaucher le Vent épouvanté ? Dominer les Thrônes, les Principautés ? Épouser la Lune énamourée et nitescente de ses bijoux bleus et argentés ? Moi, Soleil d’or à jamais illuminé et adoré ? Non, je veux valider la Lumière, la dépurer, la décanter, la décliner sur tous les prismes, qu’elle devienne Chant, qu’elle devienne Verbe, pour ceux qui oient et ceux qui voient, car le verbe est claire Vision et l’augure son Oraison… — C’est là mon désir, c’est là mon idée. Et s’il me plaît, en mon caprice, la pulvériser toute, ou l’exalter en psaumes fulgurés, au fracas des foudres fractales et du cœur broyé des voies lactées, quand je serai soûl de mon content et libre d’éloquence à mes raisons livré. Je verrai. —


Je dois admettre, à la décharge de la Vérité, que si ne je n’étais pas Argos Panoptès personnifié, il en irait autrement de la Vision. Mais n’est-ce pas notre œil — si l’on me permet ce saut impromptu dans la vision parallèle — qui crée l’objet par le regard décoché vers lui ? L’éclair de la création ! L’œil qui voit tout ! Voir le monde, le concevoir, n’est-ce pas tout un ? Si poétiser le monde consiste à le créer, alors Dieu, s’il existe, est le Poète suprême… S’il n’existe pas, alors créons-le, si nous croyons, en le visualisant d’abord et laissons le Génie s’acquitter du gros œuvre dans ses loisirs. De cette Alchimie, du reste, je traite en détail dans ma thèse doctorale remaniée de biométaphysique quadratique, transcendantale et appliquée, publiée bientôt sous le titre (provisoire) « La Création de Dieu par l’œil », ou « Créer Dieu par la magie du regard ». Restez branchés !


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