Sans souci de grandir // Rimer avec Supervielle

(sur les rimes du poème : Encore frissonnant)

Plus jamais frissonnant
J’accueille les ténèbres
Car jamais je ne dois
Me prendre pour un homme
Figé dans le mélange
Des rayons précédents
Et de tout ce qui reste
Du mirage à venir.
Mon esprit tout entier
A fermé sa fenêtre.
Tout le long d’un vain jour
J’abolis le vain temps
Dans sa fausse douceur
Et ses heures obscures
M’épouvantent si peu
Quand mon être nocturne
Plus que noir en dedans
Toujours prêt à mourir
Et plus jamais montant
N’a souci de grandir.

Note : J’offre ici, pour l’essentiel et en manière de jeu, des images inversées du poème de Supervielle.

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Encore frissonnant

Encore frissonnant
Sous la peau des ténèbres,
Tous les matins je dois
Recomposer un homme
Avec tout ce mélange
De mes jours précédents
Et le peu qui me reste
De mes jours à venir.
Me voici tout entier,
Je vais vers la fenêtre.
Lumière de ce jour,
Je viens du fond des temps,
Respecte avec douceur
Mes minutes obscures,
Epargne encore un peu
Ce que j’ai de nocturne,
D’étoilé en dedans
Et de prêt à mourir
Sous le soleil montant
Qui ne sait que grandir.

Jules Supervielle, poète franco-uruguayen — extrait de La Fable du monde


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